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Pourquoi doit-on s’opposer à la reforme des retraites
Le gouvernement français vient de préciser son projet en matière de réforme des retraites. Malgré quelques inflexions visant à lui donner l'apparence de “l'effort national partagé”, c'est bien d'une nouvelle offensive libérale contre le monde du travail qu'il s'agit. Une retraite sur dix n'est plus financée, nous dit-on, et le dispositif qui a été présenté jeudi 16 juin permettrait de retrouver l'équilibre pour 2018.

Lorsque nous parlons de “retraite”, nous parlons de l'allocation liée à la cessation définitive de l'activité d'une personne, au motif qu’elle a atteint un âge qui lui donne droit à ne plus travailler. Cette retraite là n'a pas toujours existé ; la retraite d'avant, c'était la situation d'une personne qui se retrouvait dans l'incapacité de travailler, à cause de son âge, et dont les moyens d'existence résidaient dans la solidarité familiale, l'aumône ou l'assistance.

La retraite sous la forme d'une allocation versée par une “caisse” au travailleur qui n'est plus en âge d'exercer une activité, est l'aboutissement d'une revendication ouvrière ; la première loi sur les retraites ouvrières et paysannes date seulement de 1910, elle a été généralisée et étendue à d'autres solidarités sociales dans le cadre de la création de la Sécurité Sociale, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Cette caisse est alimentée par les travailleurs actifs, mais également par leurs employeurs : cette part de cotisations sociales que les employeurs appellent à tort, mais pas sans raison, “charges patronales” est la reconnaissance du lien entre l'allocation versée au travailleur réformé et l'activité salariée qui a été la sienne.

Le patronat a toujours contesté cette mise en cohérence des choses, et n'a eu de cesse de la combattre, car la retraite n'est pas qu'une question d'argent, c'est aussi une question de principe. L'offensive menée par les libéraux avec ce projet de réforme, est à la fois idéologique et économique : il s'agit d'une part d'affaiblir le système par répartition qui est au chœur du mécanisme de la Sécurité Sociale, et, d'autre part, de diminuer la rémunération du travail.

Lorsqu'on parle des retraites et de leur financement, on parle de la rémunération du travail car le coût du travail ne se résume pas au net perçu par un travailleur actif ; il est constitué par tout un ensemble de prélèvements qui servent à garantir un revenu à ceux qui seraient dans l'impossibilité de travailler au motif qu'ils sont trop vieux, qu'ils sont accidentés ou malades, qu'ils sont privés d'emploi... Le problème de la Sécurité Sociale et plus particulièrement de la branche retraite, est que la population retraitée est proportionnellement trop nombreuse par rapport aux actifs, et que ces actifs sont trop faiblement rémunérés.

Pourtant, les trois dernières décennies ont été celles de la révolution numérique dont les multiples applications ont généré des gains de productivité colossaux, que ce soit directement ou non. Ainsi, l'application dans le domaine des communications a rendu possible, y compris dans des domaines non pressentis, la délocalisation de tout un tas d'activités. Cette mise en concurrence accrue de la main d'œuvre au niveau planétaire a eu pour conséquence la destruction massive d'emplois dans les pays anciennement industrialisés, et une baisse de la part de la rémunération du travail concourant à la richesse produite. Qu'en est-il du progrès qui libèrerait l'être humain quand ces mêmes trois dernières décennies ont été celles de la montée et de la structuralisation d'une précarité de masse ? Peut-on dire de l'évolution de notre niveau de vie sur cette période, que nous avons vécu au dessus de nos moyens et qu'il conviendrait de serrer la ceinture d'un cran ? Où sont donc passés les profits générés tant par le progrès technologiques que par la baisse du coût du travail ?

Des profits, il y en a et c'est pour cette raison qu'envisager de taxer les produits financiers pour financer les retraites n'est pas une hérésie car à l'origine de la création de richesses, il y a un travail humain. La taxation des produits financiers et des plus values telle qu'énoncée dans le projet de réforme, n'est pas équilibré comparé à l'effort demandé au monde du travail : la piège de l'introduction de ce type de financement, c'est le Cheval de Troie qu'il constituera pour l'évolution d'une retraite partiellement financée par capitalisation ; or, la capitalisation est une compromission lourde de conséquence, illustrée, par exemple, par le dilemme que pose la marée noire dans le golfe du Mexique : faut-il faire payer la British Petroleum ou, au contraire, la ménager au motif que des fonds de pensions britanniques en sont actionnaires ? Ce que veulent les libéraux, c'est détruire un système basé sur des valeurs de solidarités, pour y substituer progressivement un régime individualiste, tel que le système de financement par capitalisation.

Allonger la durée d'activité revient à faire travailler plus, pour gagner globalement moins puisque la période durant laquelle on percevra une allocation qui n'est, ni plus, ni moins, qu'une part de salaire différée, deviendra d'autant plus courte. Cette réforme nous est présentée comme inéluctable avec un argument simpliste : on vit plus longtemps, on doit donc également travailler plus longtemps. On pourrait objecter simplement que, même plus vieux et plus nombreux, on peut être plus nombreux à vivre mieux si on répartissait autrement la richesse produite. Notons enfin que cette réforme, nous est présentée comme une réponse équilibrée, par des gens eux-mêmes bénéficiaires, en tant que gouvernants ou parlementaires, de mécanismes de retraite particuliers, totalement exorbitants des règles communes.

Nous devons nous extirper de la confusion orchestrée autour des motivations de la réforme, retrouver des repères collectifs dans une société qui fait l'éloge de la concurrence et de la promotion des gagnants. Dans ce but, nous devons participer à l'élaboration de revendications, en convergence avec d'autres, comme tente de l'initier localement le collectif Oldartu. Nous devons affirmer notre aspiration à une société plus juste, où chacun vivrait décemment, nous devons être dans la rue le jeudi 24 juin réunis avec toutes les forces de progrès pour dire non au nouveau recul social qu'on veut nous imposer.

Argitaratze data: 2010-06-22



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